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Seul le prononcé fait foi.

Bonjour à toutes et tous et merci à tous les membres du CF qui  participent à cette édition inédite du Conseil fédéral.

Tout d’abord, j’ai une pensée pour toutes les victimes du Covid-19 et leurs proches, pour toutes les personnes infectées, dépistées ou non, hospitalisées ou non, qui font face à la douleur et la fatigue, à tout·es les salarié·es, et en premier lieu les personnels hospitaliers mais aussi l’ensemble du service public et les premiers de corvée du privé, les caissiers/ères, les personnels de la logistiques, les routiers…  Et je salue celles et ceux qui, parmi les écologistes, ont remis la blouse ou le tablier pour porter assistance ; Nadine, Léa et de nombreux autres : au nom du mouvement, merci et bravo.

C’est notre premier Conseil fédéral après le 1er tour des municipales.. La situation fait que nos succès sont un peu passés sous silence, et que nous nous retrouvons dans le doute quant à la tenue du 2nd tour. En tout état de cause, la santé doit prévaloir sur ces débats.  

Je tiens à saluer chaleureusement tout·es les militants qui ont fait campagne, toutes les candidat·es aussi bien celles et ceux qui se sont dévoué·es dans des terres de mission où faire 5 ou 10% est un exploit comme celles et ceux qui jouent le leadership.

Un salut particulier à Danielle Dambach réélue au premier tour à Schiltigheim, ainsi qu’à nos maires sortants Eric Piolle Christian Metairie, Clément Rossignol qui ont frôlé de peu la réélection : c’est un gage de la confiance des électeurs que dans la période, les écologistes puissent être reconduits ou plébiscités quand ils sont aux manettes. Et bravo aux candidat·es présent·es au second tour : à Strasbourg, Besançon, Toulouse, Tours, Bordeaux, Orléans, Annecy, et bien sûr Lyon. Nous pouvons créer la surprise, l’exploit. Demain dans la mêlée, c’est vous qui représenterez le mouvement, c’est vous qui tirerez le mouvement. On est avec vous, derrière vous, à votre service.

Je voudrais aussi saluer les candidat-es qui bien que deuxièmes à gauche, réalisent des scores historiques, en particulier à Lille et Rennes ainsi que celles et ceux qui incarnent désormais l’opposition dans des fiefs de droite. 

Enfin un bravo à la génération émergente de femmes politiques de tous âges et partout en France ; puissent-elles susciter des vocations, les échéances ne manquent pas.

Du fait de l’abstention, l’analyse du scrutin peut sembler difficile mais une chose est sûre :  réaliser ces scores dans ces conditions malgré l’abstention défavorable pour nous, révèle un vote écologiste structuré et structurant, un ancrage, une implantation dont nous pouvons nous réjouir. Nous aurons à confirmer ces percées.
La décision du report du 2nd tour ne nous appartient pas même s’il semble improbable de tenir un second tour dans des conditions sereines en juin. S’il faut repartir à l’automne, nous répondrons présent-es.

 En attendant, c’est l’impératif de santé publique qui s’abat sur la planète avec près de la moitié de l’humanité confinée.

Avec ce nouveau coronavirus, dont l’émergence est liée à la prédation de l’homme à l’égard de la nature et la destruction des habitats sauvages et dont la propagation a été facilité  par l’intensité des échanges liée à la mondialisation libérale, l’humanité redécouvre, avec stupéfaction, la fragilité de notre modèle de civilisation. Elle réalise que l’effondrement est possible. Retranchée, elle fait l’expérience d’un quotidien où se trouve modifié le rapport au temps, au collectif, à la consommation. Sur-connectée, elle utilise les réseaux sociaux comme un dernier espace d’échanges.

Les consciences bougent. Les questions fusent. L’intelligence collective demande des réponses nouvelles.
Jamais le modèle actuel n’aura autant vacillé sur ses bases. 

Imaginez : hier nous demandions dans le désert des contreparties sociales et environnementales pour les aides aux entreprises comme le CICE et nous passions pour des utopistes. Aujourd’hui les conditions au versement des dividendes sont sur toutes les lèvres, même sur celles du ministre de l’économie.

Hier nous nous battions contre des traités commerciaux et la mondialisation libérale, aujourd’hui les esprits les plus “soit-disant sérieux”, ceux-là même qui nous traitaient d’altermondialistes (alors que c’est un compliment), ceux-là revendiquent la relocalisation des chaînes de production.

L’heure n’est donc pas à la demie mesure.
La pandémie en cours nous appelle à être tout à la fois ambitieux, radicaux, pragmatiques et déterminés : ils s’agit de reconstruire l’ordre du monde. 
Ni plus, ni moins.
L’enjeu, pour les écologistes est immense. Il s’agit de démontrer que le coronavirus n’est pas qu’une crise sanitaire, mais qu’il est le nom du dérèglement du monde. 

Le coronavirus démontre de manière paradigmatique l’ampleur des transformations que nous allons devoir engager pour faire face au réchauffement climatique. Il nous faut réinventer nos valeurs, modifier nos priorités.
Ce qui se joue aujourd’hui c’est le rassemblement de l’Humanité pour affronter et vaincre une menace commune et invisible. Aujourd’hui la pandémie, demain d’autres crises, et le dérèglement climatique.

Alors Concrètement, dans la période, oui la solidarité nationale doit prévaloir évidemment. Cela implique un devoir de transparence et de franchise de la part du gouvernement.

Sur les masques, le gouvernement a hérité d’une situation dont il n’est pas responsable maisil y a bien un problème de pénurie, et c’est révoltant de constater que le gouvernement semble avoir adapté les consignes sanitaires en fonction des stocks, jusqu’à dire que le port des masques était inutile. 

Même constat sur les tests, nous avons désormais besoin d’un dépistage massif, tel qu’il se pratique en Allemagne ou en Corée du Sud. Là encore, la question de la relocalisation de nos outils de production devra être posée.

La solidarité nationale n’impose le silence nisur les problématiques qui affaiblissent notre réponse face à l’épidémie – la pénurie de masques et l’austérité qui a fragilisé l’hôpital public – ni sur le manque de moyens pour sauver nos seniors dans les EHPAD, ni sur la critique des mesures que le gouvernement souhaite adopter pour déréguler nos acquis sociaux (extension de la durée du temps de travail ou congés payés imposés).  
Plutôt que la dérégulation, nous avons besoin de nouveaux droits, de nouvelles protections. 

Concernant les précaires et mal logés il existe un besoin urgent de réquisitionner davantage d’hôtels, d’internats et de villages de vacances qui sont actuellement vides. Si l’on ne fait rien pour les bidonvilles, les foyers de travailleurs migrants et les Gens du voyage, on aura des centaines, voire des milliers de morts.

L’alerte est également de mise concernant les femmes victimes de violences conjugales et les enfants victimes de violences. Du fait de la crise, émerge le bon sens, le discernement : c’est l’homme violent qu’il faut écarter du domicile, et non pas la victime ! Soyons vigilants pour que cette mesure se généralise dans l’après crise.

Pour les ménages les plus pauvres, nous avons besoin d’une aide financière exceptionnelle, du style prime de Noël, pour les aider à passer le cap, et il faut un fonds national d’aide au paiement des loyers sinon des dizaines de milliers de procédures d’expulsions se déclencheront dans les prochains mois avec à la clé des personnes et des morts à la rue.

Là encore, c’est le bon sens : un impayé de loyer c’est d’un côté un manque de revenu pour le propriétaire et de l’autre la précarité, la rue ou la mort pour le locataire qui ne peut plus faire face. 

Évitons ces expulsions en pleine crise, évitons-les tout court, tout le temps. C’était l’objectif de la garantie universelle des loyers de la loi Duflot que Valls puis Macron ont sabordée. Nous le disions hier, nous le disons aujourd’hui et nous le dirons demain : non aux expulsions sans relogement. 

Mais le risque, c’est qu’au lendemain de la crise, l’immobilisme reprenne sa place dominante et qu’on nous explique que tout doit recommencer, comme avant. 

Ou pire : nous voyons qu’aux États-Unis, la crise est prétexte à revenir sur les normes environnementales et en Europe déjà les constructeurs automobiles demandent à être affranchis des normes diesel qu’ils ne respectaient déjà pas. Nous devons à tout prix éviter une « relance brune », une relance à l’ancienne qui accroîtrait encore les émissions de CO2 au détriment du climat, de la justice sociale et de la santé.

Demain se décide aujourd’hui.

Cette relance doit être l’occasion de revoir l’échelle des valeurs qui structurent nos sociétés. Plutôt que les premiers de cordée, les premiers de corvée dont je parlais plus haut.
Comme le dit Bruno Latour : “A quoi ça sert d’avoir tout arrêté, si c’est pour, après le confinement, tout reprendre comme avant ? »
Il faut donc partir du principe que ce qui ne fonctionne pas maintenant en temps de crise ne fonctionne pas tout court. C’est le cas pour la réforme des retraites ou celle de l’assurance chômage. On mesure aussi désormais l’ampleur de toutes les inégalités qui jusqu’ici semblaient banales. Les caissier-es, des infirmièr-es, des routier-es, des profs, mal payé-es, mal considéré-es, sont en fait l’ossature de notre pays. Il faut donc repenser l’échelle des valeurs, y compris salariale et à ce titre le revenu de base est un atout, dans l’urgence pour lutter contre la pauvreté, comme pour opérer un changement profond de société.

Pour nous il s’agit évidemment de concilier justice sociale et transition écologique.

Cela nécessite un changement de méthode et une garantie : Jupiter ne peut décider seul.


En 2008, pendant la crise des subprimes, on a déjà vu de grands discours, notamment de Nicolas Sarkozy sur la fin des paradis fiscaux.

Je ne veux pas faire de procès en insincérité, mais on ne peut pas se reposer sur de simples promesses. Le “monde d’après” ne pourra pas être inventé par Emmanuel Macron et Édouard Philippe seuls. Il est nécessaire de trouver les modalités pour mettre tout le monde autour de la table. 

Alors ce week-end nous adoptons ce corpus programmatique, puis nous les confronterons avec le travail des associations et des syndicats ainsi que la convention citoyenne pour le climat. 

Nous proposerons ensuite à l’exécutif d’accepter que le monde d’après ne descende pas de Jupiter, mais plutôt qu’il monte de la société, des forces associatives, syndicales et politiques. Comme dans les années 30 aux États Unis,  notre société a besoin d’une nouvelle donne, un véritable green new deal. 

Je termine en saluant à nouveau l’engagement d’Esther Benbassa pour son travail législatif sur la loi sur l’état d’urgence sanitaire, cette loi qu’il faudra  dans l’avenir corriger pour en limiter les atteintes aux libertés collectives et individuelles.

Je remercie également François Thiollet, Eva Sas et Alain Coulombel et les commissions pour le travail de préparation du programme que nous allons discuter et adopter.

C’est pour moi le corpus essentiel pour aller discuter avec les autres forces politiques associatives et syndicales. L’idée n’est pas d’adopter un énième texte  pour se faire entendre, ou jouer la petite musique écolo, notre responsabilité est bien plus grande.

Il y a même pas 6 mois, nous décidions en Congrès de tout faire pour que l’écologie incarne l’alternative en 2022.

Soyons clairs, graves et lucides : une grosse partie de ce qui va structurer la marche du monde, de l’Europe et de la France se joue dans les prochaines semaines. Notre responsabilité est déjà là, présente aujourd’hui.
Nous devrons proposer un imaginaire post-crise qui ouvre d’autres solutions que le dogme de la croissance, que la priorité donnée au court terme sur le long terme, que l’obsession pour la rentabilité. Investissements dans les services publics, dans la transition écologique, lutte contre la pauvreté et création de nouveaux droits, indépendance des médias… Nous devons proposer un sursaut à la hauteur du programme des Jours heureux.

Un sursaut qui déborde les clivages à partir du moment où on se met d’accord sur le chemin à emprunter.

Adopter ce corpus, chercher ces mesures basculantes comme les appelle Edgar Morin, qui fédèrent bien au delà de l’écologie, c’est aller chercher celles et ceux que nous n’avons pas encore convaincu mais qui aujourd’hui, majoritairement, prennent conscience de l’impératif de sanctuariser nos biens communs avec au premier rang la santé,  nos services publics, l’environnement, la biodiversité.

C’est demain décliner ces propositions, ces grands principes dans nos villes départements et régions  afin d’y enclencher sans plus tarder la métamorphose sociale et écologique de nos territoires, avec et pour les habitant-es.

Il s’agit d’une tâche immense, mais passionnante ! Et je sais pouvoir compter sur vous pour la mener à bien.
Alors travaillons bien,  prenons soin de nous aujourd’hui pour, demain, continuer à sauver la planète.

Julien Bayou, secrétaire national EELV